La vieillesse n’est pas un naufrage

Robert était un homme heureux depuis qu’il s’était installé aux Lilas, la maison de retraite de sa ville. Lui qui, auparavant, souffrait de solitude dans son pavillon isolé se retrouvait maintenant dans une structure agréable, un petit village dans la ville où tout était accessible facilement. De jolies infirmières lui faisaient sa toilette, apportaient ses repas ou l’accompagnaient au réfectoire ; le jardin était toujours bien entretenu et les autres résidents étaient bien sympathiques. A vrai dire, c’étaient surtout les résidentes qui étaient bien sympathiques, parce que les hommes de son âge étaient tous plus ou moins grabataires. Cette situation le mettait dans une position qu’il n’avait jamais connue : à 85 ans, après 10 ans de célibat forcé, voilà qu’il se sentait à nouveau adolescent. Un coq dans une basse-cour, comme aurait dit sa défunte épouse. Contrairement à ce qu’on pouvait lire dans les magazines pour seniors, les femmes d’un certain âge ne souffrent pas d’une baisse de libido. C’est même tout le contraire, en tout cas dans la maison de retraite de Robert, elles ne pensaient qu’à ça.

Le matin, c’est Ginette qui venait frapper à sa porte pour un câlin vite-fait avant le petit déjeuner. En fin de matinée, Roseline aimait qu’il la prenne dans l’allée la plus reculée du jardin, derrière les rosiers où personne n’allait jamais. A l’heure de la sieste, Marguerite enlevait son dentier et le suçait jusqu’à ce qu’il tombe dans les bras de Morphée, et pour finir, à l’heure du gouter il allait masser avec sa langue experte le prolapsus naissant de Giselle. Après tous ces exercices physiques, il passait sagement le diner en compagnie de Micheline qui lui racontait les frasques de sa jeunesse. Le soir venu, il était généralement fourbu et allait se coucher tôt pendant que ces dames regardaient Plus Belle La Vie.

Ce soir là, alors qu’il venait de se mettre au lit, l’infirmière en chef entra dans sa chambre. C’était une femme à la quarantaine bien tassée, qui avait du être belle dans sa jeunesse mais que la dureté du métier d’infirmière commençait à marquer physiquement.
– Bonsoir Monsieur Grovet, dit elle d’une voix forte, vous allez bien ce soir ? (Avez-vous remarqué comme les infirmières parlent toujours à leur patients comme s’ils étaient sourds ?)
Cette façon de parler agaçait Robert qui avait encore l’ouïe fine, mais il lui répondit poliment.
– Bien, oui. Et vous ? Qu’est ce qui vous amène à cette heure tardive ?
Il comprit tout de suite que sa visite était informelle : elle n’avait pas allumée la lumière de la chambre comme à son habitude. Seule la lampe de chevet de Robert était allumée, éclairant la chambre juste assez pour qu’il distingue sa silhouette opulente dans la pénombre. Elle vint s’assoir au bord de son lit.
– Je viens vous voir de la part de Ginette et Roseline. Elle s’inquiètent à votre sujet et m’ont demandé si je pouvais faire quelque chose.
Robert ne comprenait pas où elle voulait en venir et fut étonné lorsqu’elle sorti un petit flacon de pilules de la poche de sa blouse d’infirmière.
– Je pense que c’est ce qu’il vous faut, articula-t-elle en se rapprochant de son visage comme si elle lui faisait une confidence.
Robert trouva comique la façon dont elle tentait d’être discrète tout en continuant à lui parler comme s’il était sourd, mais en examinant le flacon qu’elle lui avait tendu il ne fut plus du tout amusé. Irrité, il s’exclama :
– Du Viagra ? Comme si j’en avait besoin ! C’est plutôt ces vieilles chouettes qui ne lubrifient plus assez !

Il considéra le flacon un moment, pensif, puis l’ouvrit promptement et goba un comprimé bleu.
– Mais, Monsieur Grovet ! C’est à prendre avant un rapport, pas le soir au coucher !
– Je n’en ai pas besoin mais j’ai toujours eu envie d’essayer, pour voir si ça décuplerait mes facultés sexuelles, lui avoua-t-il sur un ton amusé.
Elle s’était levée, interdite et incapable de lui répondre.
– Rhoo, faites pas votre rabat-joie !
Il ne pouvait pas s’empêcher de regarder la courbe de ses hanches que la lumière crue de la lampe soulignait subtilement. L’infirmière prit le stéthoscope qu’elle avait autour du cou et, tout en le « branchant » à ses oreilles se pencha en avant pour écouter le coeur de Robert qui se rinçait l’oeil à la vue de son décolleté.
– Votre coeur bat la chamade ! Vous n’êtes pas raisonnable !
Robert n’était pas complètement idiot, il savait que le Viagra ne faisait pas effet si vite.
– Ce n’est pas à cause du Viagra, lui-dit-il calmement et avec le sourire, c’est vous qui me faites de l’effet.
Joignant le geste à la parole, il avança le bras et posa sa main sur la fesse de l’infirmière toujours occupée à l’ausculter.
– Mon coeur va très bien, en revanche j’ai une drôle de sensation dans le bas-ventre, dit il en mimant la souffrance.
Etre infirmière était une vocation pour elle, et les vieux avaient souvent les mains baladeuses. Elle ne s’offusqua pas du geste de Robert et se mit en devoir d’examiner la zone sensible qu’il lui indiquait. Quand elle baissa ses draps elle ne put réprimer un soupir d’admiration. Si ce n’était pour les poils blancs qui entouraient son vit, elle lui aurait donné la quarantaine triomphante. Robert ne put s’empêcher de se vanter.
– Je vous avais bien dit que je n’en avais pas besoin, de ces pilules bleues.

Elle n’arrivait pas à quitter l’engin des yeux, et c’est avec un enthousiasme que son ton professionnel n’arrivait pas à cacher qu’elle exprima le besoin de le toucher. « Pour vérifier que tout va bien », assura-t-elle.
– Mais faites-donc, lui répondit-il avec un sourire carnassier. Par contre, il faudra en assumer les conséquences.
C’était idiot, mais elle avait espéré qu’il dirait ça. Elle n’avait pas eu d’homme dans sa vie depuis bien trop longtemps maintenant – c’est difficile de faire des rencontres quand on travaille en horaires décalés – et elle avait besoin de « se faire ramoner pour ne pas condamner l’entrée » comme elle en plaisantait en en parlant avec ses copines.

Le membre de Robert était en parfait état. Contrairement à ce qu’il lui avait dit, il n’avait pas mal. Il semblait même éprouver du plaisir au contact des doigts de l’infirmière.
– Est-ce que vous vous sentez mieux comme ça ? lui demanda-t-elle d’un air narquois.
– hmmm, un peu, lui répondit-il sur le même ton.
Il glissa la main sous sa blouse et trouva sa culotte qu’il baissa comme il put (d’une main, ce n’est pas facile).
– Là ça va un peu mieux, ajouta-il quand il y parvint.
Il tâtonna sous sa blouse et trouva l’entrejambe humide de l’infirmière qui frissonna au contact de ses doigts.
– Je pense qu’il faut que nous agissions de manière scientifique, dit-il d’un ton professoral tinté d’amusement. Il faut déterminer si c’est moi qui ai un problème ou si c’est Ginette et Roseline manquent de lubrification. Vous serez le contrôle de cette expérience, mon p’tit !
Il avait dit ça en lui massant doucement le clitoris. L’infirmière était au bord de l’orgasme, elle acquiesça de la tête en fermant les jambes pour mieux sentir la pression des doigts de Robert sur son con.
Il la bascula sur le dos d’un geste vif, elle se retrouva allongée en travers de son lit tandis qu’il se levait pour se positionner entre ses jambes, qu’il écarta d’un mouvement du genou. Cette prothèse que l’on m’a posée il y a 5 ans et vraiment formidable, pensa-t-il, et oh combien utile au quotidien !
Son attention se recentra immédiatement sur l’infirmière qui le suppliait de la prendre sur le champ. Il s’exécuta d’un geste précis et sentit la chaleur moite du vagin enserrer son membre.
– Vous faites un contrôle idéal, lubrifié à souhait, la complimenta-t-il tout en la besognant sans ménagement.

Le Viagra commençait à faire effet et il put satisfaire l’infirmière à plusieurs reprises avant de se répandre en elle avec un râle de satisfaction.
Il se retira, laissant l’infirmière pantelante sur le lit, semblable à une poupée désarticulée, et se dirigea vers la porte en rajustant son pyjama avec difficulté, son sexe encore bandé et humide.
– Expérience concluante ! Je m’en vais faire part des résultats à Ginette et Roseline ! Elles vont voir ce qu’elles vont voir !
– Toujours ravie de faire avancer la science, haleta l’infirmière en chef, encore à bout de souffle.
Elle glissa une main dans la poche de sa blouse et en sortit un petit tube de lubrifiant qu’elle tendit à Robert.
– Tenez, je pense que vous aurez besoin de ceci.
– En effet, merci !
Il saisit le tube en souriant et sortit d’un pas vif, laissant l’infirmière se remettre de ses émotions.

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