Un dernier rempart…

Il était arrivé la veille de Noël, dans un petit paquet discret. Elle l’avait acheté pour elle et, comme elle n’osait pas franchir les portes d’un vrai sex-shop, elle avait fait appel à l’internet et aux avantages qu’il offrait : l’anonymat et la discrétion. La boutique en ligne était girly, pleine de couleurs… rien de glauque, au contraire. On aurait dit une vitrine de magasin de jouets. Et c’est bien ça qu’elle voulait : un jouet. Elle ne voulait pas en faire tout un plat, de son achat, mais en même temps elle ne voulait surtout pas qu’il se résume à un sexe de substitution fonctionnant à l’électricité. Non, c’était un jouet, comme elle en avait eu tant d’autres étant enfant. Il était juste un peu différent, rien à voir avec ses vieilles BarbiesTM ou même ses LégosTM. C’était un jouet pour adulte, parce que les adultes aussi ont le droit de s’amuser. Et elle en avait besoin, de s’amuser un peu. Passer Noël seule n’est pas drôle, encore plus quand la perspective d’être tout aussi seule pour le réveillon du Nouvel An pointe le bout de son nez. Alors en déballant son petit colis, elle s’était dit qu’il tombait à point nommé. Finalement, elle ne serait pas seule pour les fêtes, et si elle prenait grand soin de son jouet et se gardait un stock suffisant de piles alcalines, elle ne serait plus jamais seule du tout.

J’entends déjà certains petits malins au fond de la salle murmurer que pfff, ce n’est pas un simple jouet qui défait la solitude. Peut-être, mais la nénette, elle est désespérée. A ce niveau de solitude, quand il n’y a rien, même pas un chat pour ronronner sur vos genoux pendant les longues soirées d’hiver, on change ses repères, on fait évoluer sa mentalité et un petit zigouigoui en plastique devient un rempart contre la solitude. N’est-ce pas là le but principal d’un jouet ? Tuer le temps, tromper l’ennui…

Et puis on ne se moque pas de Wilson. Depuis qu’elle l’a reçu, plus elle le regarde et plus elle se dit qu’il a des sentiments… Quand elle l’allume, il rougit un peu et ronronne, comme un chat. Bien sûr, au début il est un peu froid, mais avec le temps et l’énergie déployée par le petit moteur, il se met à chauffer… et puis il lui donne du plaisir alors il doit forcément l’aimer. N’est-ce pas comme ça que ça marche ?

Elle n’a rien à faire, il se charge de tout. Il lui suffit de le poser où il faut et de le mettre en marche. Les vibrations de Wilson sont comme une petite langue agile qui s’agite autour de son bouton, et il ne rechigne jamais. Quand elle est indisposée, il ne l’est pas et s’acquitte de sa tâche comme tous les autres jours, la faisant décoller en moins de cinq minutes et plusieurs fois de suite. Si elle avait eu l’expérience d’un homme, elle aurait pu se dire que Wilson était encore mieux. Et du reste, a-t-elle besoin d’une telle expérience pour adorer Wilson ? Il est toujours là pour elle et la comprend à la perfection… il n’y a pas à douter.

D’ailleurs sur sa table de nuit elle a fait un petit autel pour lui, comme le font les croyants hindous. Quand elle ne l’utilise pas, Wilson trône sur un petit piédestal au milieu de fruits et de fleurs qu’elle a disposé là comme autant d’offrandes, et le matin en se levant elle s’agenouille devant l’autel et récite des mantras.

Wilson est un jouet, mais ce n’est pas que ça. C’est un pont vers le monde de l’extase, un compagnon dévoué et toujours d’humeur égale, le dernier recours d’une femme seule et désespérée à qui il reste quand même assez de bon sens pour ne pas sombrer dans le féminisme radical.

Il nous faut plus de Wilson.

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