Les sodomites incestueux

Il faisait sombre dans l’hôtel bas de gamme du quartier du Marais. Les lourds rideaux de velours verts délavés par le soleil occultaient la petite baie vitrée, ne laissant qu’un mince filet de clarté pénétrer la chambre lugubre. Sur le lit au matelas défoncé, Saïd et Chérif étaient allongés torses nus et jeans ouverts dans une étreinte d’autant plus passionnée qu’ils savaient tous les deux que c’était sans doute la dernière. Ils étaient frères, mais cela ne les gênait pas, ils avaient depuis longtemps pris leurs libertés face à la morale. Durant leur enfance pourtant, rien ne pouvait présager qu’ils tourneraient de la sorte. C’était venu sur le tard, au début de l’âge adulte, en même temps que la paranoïa qui leur rongeait de plus en plus le cerveau. C’est en quelque sorte cette paranoïa qui les avait conduits à concrétiser leur relation incestueuse. A force de le craindre ils refusaient chaque jour un peu plus de se mêler au monde extérieur, dans ces conditions comment trouver une femme pour assouvir leurs besoins primaires ? L’un comme l’autre n’avaient pas cherché et encore moins trouvé, bien sûr. Chaque femme avait quelque chose qui n’allait pas, selon eux… celle-là ne voulait pas faire la cuisine, cette autre devait sûrement avoir des vilaines maladies vue le centimétrage de sa jupe moulante, celle-ci commerçait avec des chrétiens ou, pire encore, des juifs…

Mais les besoins des deux frères étaient toujours là, inassouvis. Alors ils s’étaient davantage encore rapprochés l’un de l’autre parce que leur paranoïa leur intimait l’ordre de rester entre eux. C’était leur petit cocon sécurisant. Entre eux ils ne se critiquaient pas, ne se contredisaient pas, leur petite âme fragile ne risquait pas la contrariété. De plus ils évitaient ainsi avantageusement l’exposition aux maladies vénériennes de cette société débridée, cette relation incestueuse étant également leur première. Les autres ne pouvaient pas comprendre… un jour ils paieraient pour ça. Tout simplement parce que la paranoïa le leur dictait, chaque jour plus insistante. La folie, c’est plus fort que tout.

Dans la petite chambre d’hôtel, les mains se faisaient plus caressantes et entreprenantes… elles glissaient sous le coton stretch des jeans Lévy made in USA que leur paranoïa n’avait pas dissuadé d’acheter ; il faut dire qu’ils leur moulaient bien les cuisses et faisaient rebondir leurs fesses avantageusement grâce aux petites poches plaquées haut… Les jeans Lévy valaient bien un petit compromis à leurs idéaux déformés.

Les pantalons étaient baissés aux chevilles maintenant et le plus jeune des frères Kouachi tournait le dos à son ainé, agenouillé devant lui, le fessier offert et la tête enfouie dans les draps un peu comme en position de prière d’une religion dont il ignorait tout. Il était prêt à recevoir l’extrême onction de son frère comme d’habitude, ainsi qu’en témoignait son anus distendu d’où saillait une hémorroïde intumescente. Ce dernier ne se fit pas prier et plongea sa saucisse turgescente dans la petite caverne familière autant que familiale, non sans éprouver le petit pincement au cœur que nous ressentons tous quand nous savons que nous arpentons les couloirs d’un quelconque lieu pour la dernière fois. Sentimental, il s’y attarda plus qu’à l’accoutumée comme pour y faire ses adieux et finit par jouir presque mélancoliquement en grognant « Allahu Akbar » d’une voix rauque. Il ne savait pas ce que ça voulait dire, mais il avait toujours trouvé que ça ponctuait bien ses petites séances de gymnastique en famille, ça leur donnait une dimension solennelle presque mystique. Le cadet soupira lascivement un « Inch Allah » dont il ignorait tout autant le sens en ponctuation de la déclaration de son frère, puis tous deux s’écroulèrent en sueur sur les draps souillés.

Un dernier petit repos avant le grand saut. Tout à l’heure, ils allaient s’armer pour obéir à la paranoïa, cette folie qui avait pris dans leur être toute la place qu’aurait pu occuper une religion ou une passion.

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2 réponses à “Les sodomites incestueux

  1. bien que dépourvu de tout érotisme (pour ce qui me concerne 😉 ) , j'adore cet article qui m'a bien fait rireVer Bouddha

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