Le sauna

C’était le temple qui avait abrité ses premiers émois, l’endroit où il avait pu explorer tous les recoins de sa sexualité.

Sur les portes des cabines, des poèmes à sa gloire, des appréciations sur ses performances, des notes sur dix ou sur vingt et même son numéro de téléphone personnel qu’il avait lui-même gravé à la pointe de son compas de lycéen à côté de la mention « je suce ». Tout cela datait d’une dizaine d’années et malgré ses bons souvenirs il avait, avec le temps et les études au loin, oublié qu’il avait laissé des traces visibles de son passage en ces lieux.

C’est avec son retour en ville et sa récente prise de fonction que le passé s’était rappelé à lui ; lors d’une inspection des locaux avec son adjoint aux affaires sportives, qu’il avait entamé avec une tendresse teintée de nostalgie. Arrivé à hauteur de ces fameuses cabines, son cœur s’était mis à battre plus fort, plus vite, et des gouttes de sueur avaient perlé sur son front. Un simple coup d’œil discret lui avait suffi pour confirmer ce qu’il redoutait. Oui, les inscriptions qui avaient fait sa gloire autant que sa fierté étaient encore là, parfaitement lisibles, comme si elles avaient été faites la veille.

Or depuis ses années lycée, il était monté en grade. Il ne se contentait plus de tapiner dans les cabines des vestiaires, il le faisait maintenant dans les cabinets feutrés et sur les places de marché. Les fellations et sodomies hâtives avaient cédé la place aux couleuvres, aux courbettes et aux promesses intenables. Cela revenait au même, mais rapportait davantage tout en lui conférant une aura de respectabilité. Il ne voulait pas la perdre, cette aura ; il ferait fi de cette tendresse nostalgique et trouverait un moyen pour fermer l’établissement. Le faire raser s’il le pouvait.

Les inscriptions devaient disparaitre et un homme de sa trempe, qui avait fait des mots « dynamisme » et « efficacité » ses slogans de campagne, ne se contenterait pas de dégonder trois portes.

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Une réponse à “Le sauna

  1. Je n ai pas l impression que c’est une histoire imaginaire mais vécue je vais inspecter les lycées du coin.Je trouverais peut être la porte du salut. Et un n* de téléphone.

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