Vie de Troll

Contorsionné sur son clavier, il tapotait difficilement du bout d’un doigt sur les rares touches qui lui étaient accessibles. Il avait déjà tenté de se libérer, en vain, et il espérait ainsi envoyer un SOS pour que quelqu’un vienne le tirer d’affaire.

C’était idiot, vraiment, ce qui lui arrivait. D’ailleurs, s’il ne s’était pas autant ennuyé, rien de tout ceci ne se serait produit… Il avait lancé une petite pique à sa tête de Turc habituelle, sur twitter, et en attendant fébrilement que ce dernier lui réponde, avait passé en revue le désordre de son bureau, rangeant un stylo ici, jetant un papier là, et… Oh ! Une ficelle… ! Qu’est-ce que ça fiche là, ça ?

Une ficelle, ça sert à faire des nœuds. Il n’était pas futé, mais il savait cela. Et il y avait beaucoup de ficelle… une bobine pleine de jolie ficelle à gigot. Pour tromper l’ennui, il avait commencé à l’enrouler autour de son index. Paf, un nœud… Puis de son auriculaire. Pouf, encore un nœud… Il s’était tout à coup senti excité. Sûrement, la certitude que sa petite pique avait maintenant été lue par son destinataire n’y était pas étrangère, mais il y avait autre chose. Les nœuds l’avaient excité… Il avait ressenti que faire un nœud, c’était un peu comme maîtriser quelque chose, bien qu’il n’arrivât pas trop à savoir quoi, exactement. Un nœud de plus, un contrôle supplémentaire. A chaque nœud, le sentiment de puissance montait davantage en lui. Alors, sa verge s’était mise à gonfler, appelant, silencieusement autant qu’impérieusement, la ficelle à s’y enrouler, et notre ami à la saucissonner…

Dès lors, il n’avait plus prêté attention à l’écran, se fichant pas mal d’avoir, ou non, une réaction à sa pique. Toute son attention s’était focalisée sur cette nouvelle occupation follement jouissive. Après la verge, qu’il avait parsemée d’une multitude de nœuds, il s’était attaqué à une jambe, à ses doigts de pieds, à ses bras, revenant ensuite sur la jambe, puis enroulant la ficelle autour de son torse… Il avait relié méthodiquement des points çà et là sur tout son corps, sans plan précis. Arrivé presque à la fin de la bobine, sa verge, n’y tenant plus, avait fini par cracher une quantité phénoménale de sperme et tout son être avait été secoué de spasmes incontrôlés. Il avait joui. Fort. Plus fort encore qu’en trollant sur l’internet. Et pendant quelques minutes, une chaleur agréable l’avait enveloppé.

Mais, à présent, il se trouvait ligoté et poisseux, incapable de se libérer. Une odeur âcre, tenace, se dégageait des souillures de son caleçon et emplissait son petit appartement. La ficelle lui sciait les chairs, qui commençaient à se congestionner. L’infortune n’était pas totale, cependant : sa verge s’était vite rétractée à sa place habituelle, laissant un vide sous le tissage de ficelle ; ratatinée, bien au chaud sous un pan de sa ventrèche, elle était indemne ! Au bout de quelques longues heures, ses contorsions commencèrent à payer, il réussit à envoyer un tweet puis, terrassé par la douleur, il perdit connaissance.

Quelque part, dans un autre appartement, sa tête de Turc lut le message, consterné par son galimatias incohérent habituel. Il haussa les épaules et quitta l’application, en riant.

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Une réponse à “Vie de Troll

  1. Mais, mais çà me dit quelque chose tout çà ici bas ou dans un autre monde, le rêve m’envahit mais zut je n’ai pas de ficelle à gigot mais que de la corde à nœuds marins bien imprégnée e sel marin et à l’odeur d’algues si bonnes pour le teint. Je me sens libéré des liens qui aliènent.

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