Encore raté

Elle essayait de sortir de ce carcan depuis de longues minutes, poussant un soupir de temps en temps pour mieux faire glisser l’étoffe rigide autour de son buste ; chaque inspiration réduisait son tour de taille d’un demi-centimètre et lui permettait de pousser le tissu d’autant vers le bas pour enfin s’en libérer. Dans la pièce voisine, son amant d’un soir l’attendait ; elle le faisait patienter avec de ponctuelles annonces prometteuses qu’elle voulait sensuelles et qui contrastaient avec la bataille sans merci qu’elle menait contre sa culotte gainante. Mais elle n’était plus dans l’ambiance depuis longtemps ; le désespoir avait eu raison de son désir d’amour et de sexe, et laissé place à celui d’enfin aérer ses chairs comprimées. Elle se rassurait en se disant que si elle avait réussi à l’enfiler, elle réussirait à l’enlever de la même manière, refusant de penser à la chaleur de la soirée, à l’alcool, et au dîner pantagruélique qui avaient contribué, chacun à sa manière, à gonfler et humidifier sa viande.

Oui : sa viande. Elle n’était plus que ça. Un vulgaire morceau de barbaque plus très frais et sans aucun amour-propre ; une poulette qui cherchait à masquer l’arrivée imminente de sa date limite de consommation avec des artifices contraignants achetés à prix d’or ; une cuisse de dinde méticuleusement plumée, empaquetée sous papier cellophane et mise en rayon à la vue de tous. Elle était « sur le marché », comme toutes les célibataires, et si elle ne voulait pas disparaitre il fallait jouer le jeu de la compétition ; alors, comme toutes, elle trichait. Le contouring, les culottes gainantes, les talons aiguilles : c’était du dopage légal, encouragé même. Personne ne lui demanderait de faire pipi dans un flacon, alors que c’est pour cela qu’elle faisait tous ces efforts, pourtant. Elle rêvait d’un test, le seul qu’elle aurait voulu réussir : celui de grossesse.

Mais ce ne serait encore pas pour ce soir. Dans la pièce voisine, elle avait entendu de petits bruits de pas, puis la porte se refermer doucement ; elle avait trop tardé et le charme était rompu, le donneur anonyme avait eu le temps de dessaouler. Une larme de rage coula le long de sa joue alors qu’elle regardait d’un œil triste la boite dont elle avait méticuleusement troué chaque préservatif avec une petite aiguille. Elle se laissa aller au désespoir et ne put retenir plus longtemps le contenu de sa vessie, dont le liquide chaud et odorant vint mouiller ses cuisses et coller davantage le tissu à sa peau.

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