Aire de repos

Le trajet était trop éprouvant. Las de la route bondée, bouchonnée, monotone et tellement étouffante qu’offrait l’autoroute du sud, ils avaient décidé de faire une pause, et bien leur en avait pris ! Ils s’étaient arrêtés dans un coin charmant, sur une petite aire ombragée et visiblement fraichement entretenue.

Les toilettes publiques y étaient propres ; de quoi décontracter Vivianne, que la pression de la route abandonna en même temps qu’elle expulsait un flot vigoureux d’urine brulante sur la céramique blanche. Marco, lui, testa le petit pipi debout et en plein air ; il sifflotait gaiement en visant les coquelicots alentour comme un enfant farceur, ravi que sa femme et lui fussent les seuls à avoir eu l’idée d’une petite pause champêtre.

Oui, ils étaient seuls, dans ce petit coin de paradis à deux pas de la chaleur étouffante de l’enfilade bitumée, de l’enfer surpeuplé du troupeau des vacanciers forcenés. A peine croyable ! Si près de l’autoroute, ils n’en entendaient pourtant pas les bruits, couverts par l’épais feuillage des chênes centenaires dans les branches desquels ils pouvaient distinguer sans mal les multitudes de gazouillis des oiseaux.

Assis sur une serviette de plage, le dos appuyé sur un gros tronc à l’écorce râpeuse, ils se sentaient détendus et seuls au monde. Une solitude aussi apaisante qu’angoissante, en un sens. Les autres n’étaient pas là… c’était un soulagement, c’était aussi des possibilités encore jamais explorées. Les parcs de leur petite ville de banlieue n’avaient pas la faculté d’isoler à ce point, et ils ne s’étaient jamais sentis aussi minuscules face à l’immensité.

Une petite brise souleva la robe d’été de Vivianne, qui frissonna légèrement et se rapprocha de Marco.

— Chéri, lui susurra-t-elle à l’oreille, tu penses à ce que je pense ?
— T’inquiètes, j’ai pas oublié d’éteindre le gaz, répliqua Marco, qui n’était pas finaud.
— Mais non, pas ça…
— Alors quoi ?
— Ce tronc d’arbre, il ne te donne pas des idées ? tenta encore Viviane en rentrant l’épaule droite pour en faire glisser la bretelle de son soutient gorge.

Ce n’était pas le tronc de l’arbre qui donnait des idées à Marco, mais l’épaule nue de Viviane, la vue du bonnet de soutien-gorge qui s’apprêtait à quitter son sein en le caressant doucement et, surtout, les mimiques érotiques qu’elle faisait avec application. Il l’observait alors qu’elle s’était levée et caressait langoureusement l’écorce du chêne de sa main potelée en roulant des hanches lascivement, puis, n’y tenant plus, il se leva pour la pousser contre cette écorce qui lui faisait tant d’effet, écorchant le dos de Vivianne au passage et pour son plus grand bonheur.

— Ah, voilà comme je t’aime, Marco. Sauvage et fougueux !
— Tais-toi et relève mieux ta jupe, Vivi, fit Marco, toujours pragmatique.

Elle s’exécuta avec un sourire ravi, passant sa robe au-dessus de sa tête d’un geste rapide, puis aida Marco à se défaire de ses nombreux vêtements. Pantalon, chemisette, marcel, slip, sandales et chaussettes blanches volèrent de-ci, de-là ; et ils se retrouvèrent tous deux nus comme des vers, à apprécier au plus près la communion avec la nature.

Eloignons-nous pour laisser ces deux tourtereaux à leurs ébats qui, avouons-le, ne sont pas des plus érotiques ; Marco a les fesses poilues, et la taille de Vivianne est entourée d’une solide roue de secours depuis quelques années déjà. Contentons-nous de les observer de loin, tant il est vrai que certaines choses ne sont belles qu’à distance. Vus avec un solide recul de deux cents mètres, Vivianne et Marco ne diffèrent plus tellement d’un couple d’ursidés en rut tel que filmé dans un documentaire animalier, et nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps à l’échelle de la planète nous étions tous des animaux, et qu’il suffit d’un rien pour que l’instinct remonte à la surface.

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