Cindy sous la douche

L’été a ceci de contraignant pour une femme que l’obligation qu’elle se fixe (et entretenue par la gent féminine elle-même, il faut bien le dire) de toujours être parfaite est exacerbée par la plus grande étendue de peau qu’elle se doit d’exposer pendant ces mois de grosses chaleurs. La petite robe d’été, légère et volante, ne s’enfile pas sans plusieurs minutes de souffrances quotidiennes que la femme aura endurées plus ou moins stoïquement avant même le petit-déjeuner.

Cindy était une représentante type de cette problématique : très centrée sur son apparence, et menant une chasse impitoyable contre le poil — forcément indésirable — elle vivait cette futile bataille comme le combat de sa vie. Seuls ses sourcils bien taillés et ses cheveux lissés et laqués à l’extrême avaient encore le droit de parader sur son joli minois où de rares petites rides au coin des yeux trahissaient la dureté de son combat quotidien. Pour le reste, elle avait traqué l’ennemi partout, jusque sur ses avant-bras.

Elle avait fini, à force de batailles acharnées et de replis stratégiques, par trouver une tactique efficace qui, moyennant un certain doigté, se révélait, si ce n’est indolore, au moins gratifiante. Pour cela, elle pouvait compter sur deux alliés précieux qui l’aidaient dans sa lutte ingrate contre le poil : son épilateur menait le combat de front tandis que la douche chaude la soulageait. La technique était si bien maîtrisée qu’un jour elle se sentit prête pour la bataille ultime : le dernier bastion du poil, celui qu’elle pensait imprenable, était enfin à sa portée.

Sous le jet brûlant de sa douche, tenant son Silk-Epil 7 Dual avec technologie Wet & Dry d’une main ferme et déterminée, elle s’apprêtait à s’attaquer à son mont de Vénus, en commençant par le haut pour redescendre tout doucement vers l’entrejambe. Résignée à éradiquer l’ennemi pour de bon, elle avait, dans un accès de courage (ou de folie) délaissé l’embout « tête de rasage » qu’elle utilisait habituellement à cet endroit pour celui dédié à l’épilation. La machine vrombissait doucement tandis que l’eau brûlante ruisselait le long de son corps encore engourdi à cette heure matinale ; sa main se fit tremblante alors qu’elle approchait l’appareil avec appréhension. En prévision de cette bataille, elle s’était fait une violence inouïe, laissant cette zone en friche quelques longues semaines ; des semaines dont elle ignorait que, pour son homme, elles avaient été des plus agréables. Elle sentit les poils s’arracher à elle un à un et ne put arrêter quelques larmes qui vinrent se perdre dans les cascades d’eau claire qui caressaient ses seins, son ventre, ses cuisses puis ses pieds, avant de disparaitre à jamais dans les canalisations.

La douleur était intense, presque insupportable, mais Cindy ne voulait pas reculer. Cette victoire, elle était déterminée à l’avoir, et elle savait que si elle s’arrêtait elle ne pourrait plus reprendre le combat. Un cri rauque qu’elle ne reconnut pas comme le sien vint déchirer l’air humide de sa salle de bain transformée en sauna ; elle accentua le mouvement de l’épilateur, espérant en finir ainsi plus vite, tout en psalmodiant entre deux cris : « Ce n’est que la première fois que ça fait si mal ».

Elle savait que c’était faux, bien sûr, mais l’être humain aime se bercer d’illusions, et chaque cri atténuait la douleur juste assez pour ne pas tout arrêter sur-le-champ. Quand le dernier poil fut enfin arraché, elle se prit à courir le long de la zone endolorie avec son épilateur encore allumé, savourant de pouvoir posséder cet espace sans plus de souffrance puis, quand elle s’en sentit enfin capable, elle baissa les yeux pour contempler son œuvre. Sur le champ de bataille, les pores arrachés suintaient de fines gouttelettes de sang aussitôt emportées par l’eau chaude qui semblait étrangement froide au contact de la zone rouge, enflée et brûlante.

Cette victoire, arrachée de haute lutte, faisait de Cindy une nouvelle femme, une femme du XXIe siècle : intégralement épilée, aussi jeune en apparence qu’elle pouvait le laisser croire et, finalement, totalement en accord avec sa puérilité assidûment cultivée sur les réseaux sociaux. Une image bien dérangeante d’une trentenaire des temps modernes qui, dans quelques heures, une fois l’irritation passée, aurait le pubis aussi lisse que celui d’une enfant prépubère, tout ça pour ce qu’elle croyait être le nec plus ultra pour sa vie sexuelle.

La douleur avait presque disparu, laissant place à une douce chaleur. Elle replaça le petit capuchon de protection sur la tête de son épilateur, sans toutefois l’éteindre ; il ronronnait de manière rassurante, vibrant légèrement entre ses doigts mouillés ; son pubis gonflé semblait l’appeler et elle l’y plaqua avec d’infinies précautions, stimulant son petit bouton du plaisir qui, lui, était intact. Il ne lui fallut pas longtemps pour ressentir un certain contentement et elle se laissa aller à appuyer l’appareil plus encore contre elle, profitant enfin d’un moment agréable. Seuls comptaient, à présent, les spasmes de son vagin qui, grâce à cette stimulation salutaire, permettaient la sécrétion d’autant de cyprine entre ses jambes que d’ocytocine dans son cerveau.

Elle avait déjà oublié la douleur ; dans quelques semaines, elle pourrait recommencer.

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