Comme au cinéma

La vieille salle était plongée dans le noir ; seul l’écran, qui diffusait un vieux film en noir et blanc, l’éclairait d’un faible halo. Le visage soudé au regard ténébreux de Clark Gable, Cyprine était assise au milieu des sièges usés par les années, dont le tissu exhalait des odeurs mêlées de popcorn, de soda et d’autres substances mélangées indéfinissables. Son prénom, elle le devait à sa mère un peu idiote, qui avait pris au pied de la lettre la suggestion d’une connaissance facétieuse ; il sonnait joliment, il avait un petit côté désuet, et Cyprine l’avait toujours d’autant fièrement porté que peu de gens de son entourage étaient assez cultivés pour en connaitre la signification. Depuis qu’un professeur plus investi que les autres le lui avait expliqué, elle avait appris à l’apprécier davantage encore et s’amusait à en révéler le sens à ses nombreux amants, qui tous s’accordaient à dire que ce prénom lui allait à merveille.

Tout occupée qu’elle était à admirer la plastique charismatique du bel acteur à l’écran, elle n’avait pas remarqué Lucien, un sexagénaire alerte qui, bien que la salle fût presque vide, était venu s’accoler sur le siège à sa droite. C’est en sentant son eau de toilette d’une autre époque que la tête de Cyprine commença à tourner, remuant en même temps de délicieux souvenirs. Cette odeur, c’était celle de son ancien professeur d’anglais, qui l’avait initiée à bien plus qu’à une langue vivante ; elle se tourna et tenta de deviner, dans la pénombre, les traits de son nouveau voisin, mais ne put que distinguer sa chevelure blanche sur laquelle la lumière qui jaillissait de l’écran venait mourir. Elle avait espéré pendant une petite seconde que ce fût Monsieur Loubet, avant de se rappeler qu’il était en maison de retraite depuis quelque temps déjà… et puis ses cheveux n’avaient jamais été aussi beaux que ceux de cet inconnu.

La tête pleine de souvenirs, elle tenta de se concentrer sur le film, mais Clark Gable avait perdu de son attrait et elle préféra fermer les yeux pour revivre son passé ; l’eau de toilette de Lucien venait chatouiller son hippocampe, réveillant des souvenirs qu’elle pensait enfouis à jamais. Les mains posées sur les accoudoirs et la tête calée dans le siège moelleux, elle se laissa aller à ses émotions en écartant légèrement les cuisses, exactement comme elle l’avait fait quelques années plus tôt pour séduire le professeur Loubet.

Lucien, lui, insensible à force d’habitude, ne sentait pas son eau de toilette, mais une odeur beaucoup plus subtile. A son tour il se tourna et, avantagé par sa nyctalopie, fut enchanté de découvrir une jolie trentenaire dans une position qui ne le laissa pas indifférent. A l’écran, Joan Crawford et Clark Gable se donnaient la réplique, rendant la respiration lourde de Cyprine audible de son seul voisin, qui l’écoutait avec une excitation grandissante. Il resta ainsi un long moment, tendant l’oreille tout en regardant la romance adultérine diffusée à l’écran puis, n’en pouvant plus, se laissa aller à poser une main ferme et déterminée sur la cuisse de Cyprine, qui tressaillit, mais ne le repoussa pas. Dans son monde de rêveries elle l’imagina comme celle, douce et virile, de son regretté professeur et écarta davantage les cuisses en espérant qu’elle se ferait plus entreprenante. L’invitation silencieuse n’échappa pas à Lucien, qui y répondit avec avidité ; sa main explora la zone offerte à la recherche de l’origine de l’odeur douce et sucrée qui avait éveillé son attention tandis que Cyprine le guidait dans cette quête en soulevant son pubis comme pour aller à sa rencontre ; elle savait bien que cette main n’était pas celle de Monsieur Loubet, mais tant qu’elle n’ouvrait pas les yeux elle pouvait encore occulter cette réalité.

Enhardi par ce nouvel assentiment, Lucien fouilla le chemisier de sa voisine de sa main libre, la glissant dans l’encolure pour mieux pétrir la chair ferme et brûlante de ses seins. Cyprine libéra l’accoudoir qui la séparait de son voisin et guida sa main vers sa féminité, soulevant au passage le tissu satiné qui la protégeait jusqu’alors. Lucien s’arracha sans regret au spectacle du couple adultérin à l’écran et son visage disparu dans la gorge de la trentenaire tandis qu’il défaisait les boutons de son chemisier à la hâte pour atteindre enfin ses tétons dardés par l’excitation et les sucer voracement. Elle poussa un soupir de contentement, masqué par la musique et la toux d’un spectateur quelques rangs devant eux, qui incita Lucien à intensifier ses caresses. L’odeur qui émanait de l’entrejambe de Cyprine l’attirait inexorablement ; il s’accroupit devant elle et fit glisser sa culotte le long de ses jambes avant de plonger la tête dans son entrejambe humide. Cyprine souleva les jambes et les reposa sur les épaules de Lucien avant de s’avachir un peu plus dans le fauteuil, lui offrant un accès total à son intimité. Tandis que ses mains pétrissaient les seins de la jeune femme, Lucien lapait avec délice les jus qu’elle lui offrait, enfonçant de temps à autre sa langue aussi loin qu’il le pouvait dans sa petite cramouille, que Cyprine appuyait contre lui en soupirant bruyamment.

D’un même geste, elle caressait les cheveux blancs et guidait la langue agile de Lucien là où elle la voulait ; la cyprine n’en finissait plus de jaillir, mouillant le menton, le cou et le torse du sexagénaire maintenant repu. Cette manifestation évidente du plaisir qu’il procurait à sa partenaire lui donnait l’impression d’être irrésistible, et il agit comme s’il avait été un autre homme, intrépide et audacieux. Il se dégagea et la fit glisser au sol entre quelques restes de popcorn, avant de la retourner sur le ventre. Cyprine, toujours dans sa rêverie et ne comptant pas en sortir de sitôt, souleva légèrement les fesses, le défiant d’aller plus loin.

Lucien déboucla sa ceinture et fit glisser son pantalon ; sentir son organe bandé enfin libéré lui procura une nouvelle témérité, il l’engouffra sans plus de cérémonie dans l’intimité ruisselante de Cyprine et l’y retira presque aussitôt, entièrement oint de son lubrifiant naturel, pour viser sa petite rondelle, qu’il envahit avec une lenteur calculée. Elle soupira d’aise et contracta ses fesses comme pour l’enserrer en elle, ce qui n’empêcha pas Lucien de s’activer dans ce fourreau étroit jusqu’à atteindre les portes d’un orgasme aussi puissant que fulgurant, accompagné par les soupirs de plus en plus expressifs de Cyprine. Jugeant que sa semence ne méritait pas de finir dans un endroit dédié à l’élimination des déchets, il se retira des sphincters de la jeune femme pour asperger son dos et ses fesses de plusieurs jets vigoureux, éclaboussant au passage les fauteuils et la moquette délavés du vieux cinéma de quartier.

Dans la salle, la musique du générique se fit entendre, et Cyprine se rajusta à la hâte et profita du peu de temps restant d’obscurité qu’elle annonçait pour rejoindre les commodités. Lucien, lui, se rassit et ferma les yeux, humant avec délice l’air imbibé de sexe au son de cette musique d’un autre temps.

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Une réponse à “Comme au cinéma

  1. On sent…là une grande experience des salles obscures.Maurepas avec 2 salles de ciné au elle aubaine pour une VRAIE cinéphile.Vivement l ouverture!!!!

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