Céline cherche les ennuis

L’endroit était malfamé, Céline le savait bien, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle s’y rendait seule, nourrissant le secret espoir d’enfin ressentir les sensations qui lui faisaient défaut depuis si longtemps. Sa vie l’ennuyait à mourir, et le terme n’était pas galvaudé : elle avait vraiment la sensation d’être morte, anesthésiée à force de ne rien vivre. Un boulot plan-plan, un petit studio HLM dans une banlieue tranquille, quelques amies ennuyeuses et son chat – qui semblait vivre plus d’aventures en une nuit qu’elle en un an – faisaient son quotidien, et elle se disait souvent que si tout s’arrêtait là, son cœur n’aurait, de sa vie entière, jamais dépassé les cent-vingt battements par minutes. Même sa vie sentimentale n’avait pas réussi à relever cette petite moyenne ; elle avait quitté tous les hommes de sa vie au bout de quelques mois, faute de passion : la position du missionnaire tous les samedis soirs, ce n’était clairement pas son truc. Hélas !, elle n’avait plus, à son âge, l’espoir de lever un minet en boite de nuit, elle se retrouvait donc sans rien d’autre à faire le samedi soir que regarder Ruquier pendant que son chat lui léchait les orteils.

Sauf ce soir… Ce soir, elle avait décidé de tenter le diable. Se sentir vivante, ou mourir, peu importait finalement : elle voulait qu’il lui arrive quelque chose.

Après avoir marché une centaine de mètres dans la rue principale, elle bifurqua dans une petite ruelle et continua sa promenade. Instinctivement, elle avait tout de suite su qu’elle était suivie, mais ce n’est que quand elle entendit se réverbérer sur les murs en briques des bruits de pas qui n’étaient pas les siens qu’elle sentit l’excitation monter. Ca y était enfin ! Du frisson et de l’aventure ! Elle s’imagina dans un mauvais polar et cela lui plut ; pour coller à son fantasme, elle pressa le pas, espérant que celui qui la suivait ferait de même, histoire de faire monter la pression. Elle avait toujours rêvé de se faire braquer, en mode « la bourse ou la vie », mais n’avait pas été folle au point de prendre son portefeuille de tous les jours avec elle ; cependant, pour pimenter les choses, elle avait quand même un petit sac à main avec cent euros en liquide, qu’elle serra contre elle en accélérant encore le pas, courant maintenant à petites foulées.

Derrière elle, les pas se firent aussi plus rapides et surtout, plus rapprochés, elle n’eut pas le temps de se retourner pour voir son agresseur qu’il lui avait déjà bondi dessus, la faisant trébucher et tomber lourdement sous son poids et sur le bitume froid. Elle ne pouvait plus bouger les bras, qu’il avait immobilisés au-dessus de sa tête d’une main ferme pendant que l’autre recouvrait sa bouche, l’empêchant d’appeler à l’aide. Bien inutilement d’ailleurs, tant elle n’en avait même pas l’idée : elle voulait vivre cette agression à fond, il ne fallait surtout pas prendre le risque que quelqu’un vienne la sauver. Elle ignora la bosse naissante à l’arrière de son crâne et chercha à distinguer les traits de son agresseur, mais il avait choisi le coin le plus sombre de la ruelle pour diriger son attaque et elle ne put rien discerner si ce n’est une vague odeur âcre.

Le temps semblait s’être arrêté et elle eut tout le loisir d’enfin sentir les battements de son cœur soulever sa poitrine à un rythme encore inédit avant de se rendre compte que ce n’était pas le temps qui s’était distordu, mais bien l’agresseur qui ne se pressait pas. Il lui avait ordonné de se taire d’un « Chuuut » qui lui avait donné la chair de poule et, après qu’elle eût fait oui de la tête, avait enlevé la main de sa bouche et l’utilisait maintenant pour la palper, sans doute à la recherche de son argent, pensa-t-elle. Cet attouchement éveillait des sensations nouvelles en elle. La peur, l’angoisse, puis la panique l’envahirent tandis qu’il commençait à arracher son petit haut pour mieux la fouiller.

Ce petit jeu commençait à ne plus l’amuser autant, elle voulut que ça s’arrête :
— Prenez mon sac, supplia-t-elle.
— Ta gueule !, souffla son agresseur en la giflant.
Céline fût sonnée et l’homme en profita pour lâcher ses poignets et reprendre ses attouchements. Sa joue gauche la brûlait si fort qu’elle ne sentait plus les palpations qui, pourtant, se faisaient plus précises, plus rudes. Après quelques secondes, elle reprit ses esprits et se débâtit, le frappant au hasard comme elle le pouvait, sans grand résultat. Son agresseur semblait invincible, arrachant ses vêtements et jouant avec elle comme avec une poupée de chiffons sans jamais lui parler. C’est sans doute cela qui la terrifiait le plus : le silence de cet homme.
Elle n’avait pas de doutes sur la suite des événements, même si l’issue était encore incertaine. Allait-elle survivre à ce viol ou étaient-ce ses derniers moments sur terre ? Elle se mit à regretter ses rêves de danger et s’imagina centenaire dans son lit de mort, son chat dormant paisiblement à ses côtés. C’est comme ça qu’elle voulait quitter ce monde, pas autrement ; elle se réfugia dans cette pensée, trouvant dans ce lit imaginaire le réconfort qui lui manquait en cet instant. Il pouvait bien posséder son corps, il n’aurait pas son esprit, se rassura-t-elle.

L’homme l’avait saisie par les cheveux pour la forcer à s’agenouiller, puis avait présenté son membre devant sa bouche.
— Si tu me mords, j’te tue, t’entends ?, l’avertit-il d’une voix sèche.
Elle fut à la fois soulagée d’entendre l’agresseur rompre le silence angoissant, et terrifiée par sa menace, sérieuse vu sa carrure. L’esprit réfugié dans son lit douillet de centenaire mourante, elle ne réalisa pas ce qu’il attendait d’elle, avant qu’il en fasse la demande explicite :

— Suce-moi, salope.

Il approcha encore son sexe, d’où émanait une odeur répugnante, du visage de Céline qui faillit défaillir. Des larmes coulèrent sur son visage au maquillage défait tandis qu’il appuyait la pointe de sa verge sur ses lèvres, forçant le barrage de ses dents, qu’elle n’osa pas utiliser pour se défendre. Il n’avait pas lâché sa prise, la tenant fermement par les cheveux autant pour l’empêcher de s’effondrer que pour mieux la contrôler. Sans attendre la moindre caresse buccale de la part de sa victime, il se mit à se servir de sa bouche comme un mauvais acteur porno se sert d’une actrice de seconde zone, pilonnant la glotte de la pauvresse qui, du fond de son lit imaginaire, sentait la mort arriver lentement par asphyxie.

— T’aimes ça, hein salope, j’le sens bien !, fit l’homme que le plaisir rendait enclin à la poésie.

Céline, qui avait envie de mourir pourvu que le cauchemar s’arrête, eut un réflexe de survie inexplicable et recula la tête autant qu’elle le pouvait avant de vomir sur le sexe de son agresseur, qui n’arrêta pas pour autant de violer sa bouche. La sensation du liquide chaud et poisseux sur sa virilité semblait au contraire l’exciter, et il amplifia encore ses mouvements de vas et viens. Très vite, il poussa un grognement animal et se déversa à grosses giclées dans la trachée de Céline qui eut l’impression de se noyer dans un mélange de sperme et de vomissures. Elle cherchait désespérément à reprendre son souffle, non pas pour survivre, mais pour supplier ce monstre de l’achever sur place. En désespoir de cause, elle agrippa la jambe de l’homme pour faire passer sa demande, mais il n’avait pas cette tendresse d’âme. D’un coup de pied il la fit valser contre le mur le plus proche, et elle se mit à tousser de manière incontrôlée avant de vomir à nouveau.

Sans plus un regard pour sa victime, il fouilla dans son sac à main, prit l’argent et s’éloigna rapidement, la laissant baigner dans son vomi.

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3 réponses à “Céline cherche les ennuis

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