Ah ! Paolo…

Paolo était beau, fort, audacieux, charmeur, et… jeune ; tout ce que le mari de Colette n’était plus depuis longtemps. Elle l’avait rencontré à son cours de tango argentin, il venait de « là-bas » et avait le rythme dans la peau pour le prouver. Quand elle le voyait se trémousser sur la piste de danse, tour à tour avec Ginette, Josiane, et Francine, elle sentait la jalousie la consumer de l’intérieur, provoquant remontées acides et brûlures d’estomac… mais quand son tour venait, c’était magique. Son ventre retrouvait son calme et les brûlures migraient vers le sud où, là, elles ne gênaient plus et était accueillies avec bonheur par la quinquagénaire sportive. Dans ses bras, elle avait l’impression d’être une de ses danseuses professionnelles qu’on va admirer au spectacle ou qui s’usent les semelles dans les concours de danse de salon. Quand elle était dans les bras de Paolo, elle se sentait Carmencita Calderón, enchaînant les ganchos, barridas et moulinettes avec dextérité. Il n’avait pas fallu longtemps à Colette pour inviter le jeune professeur à boire un café chez elle, et encore moins de temps pour le convaincre de l’accompagner dans la chambre à coucher. Il lui avait suffi de prétexter une raideur des hanches pour qu’il se propose de lui faire travailler les mouvements du bassin, chez elle. Et une fois dans son salon, dans ses bras, tout s’était enchaîné rapidement. A tel point, d’ailleurs, que Colette s’était demandé un instant si « cours particulier » voulait dire « faire l’amour » en Argentin.

Ils étaient tous deux enlacés dans le grand lit conjugal qu’elle partageait avec Robert, son époux trop strict, trop froid et trop ennuyeux. Robert ne s’intéressait plus à elle depuis des années ; il l’avait à peine touchée après leur mariage et, le temps passant, les moments d’intimité s’étaient peu à peu raréfiés pour finalement devenir inexistants. Elle s’y était résolue, faisant une croix sur la maternité, puis sur sa vie sexuelle. Depuis sa ménopause, elle vivait un peu mieux cette situation, sans toutefois être pleinement satisfaite. Paolo était son premier petit extra. Il l’avait déshabillée avec dextérité, faisant sauter l’agrafe de son soutien-gorge d’une seule main tandis que l’autre avait relevé sa jupe et baissé son collant d’un simple aller-retour, preuve qu’il n’y avait pas qu’en danse de salon que le bellâtre était doué. Puis, il l’avait prise en missionnaire, sous la couette, de la manière la plus classique et conventionnelle qui soit, comme s’il avait deviné ses désirs les plus inavoués. Allongés dans le lit, tendrement enlacés, ils n’entendirent pas Robert rentrer du travail.

Il était éreinté par sa journée, et les trouva dans le lit. Sa première réaction ne fut pas la stupeur, mais l’étonnement. « Tiens, elle a enfin sauté le pas », et « J’ignorais que Paolo est bi » furent les deux pensées qui se bousculèrent dans sa tête, si bien qu’il fut incapable de prononcer un seul mot.
— Je peux tout t’expliquer !, crièrent en même temps Colette et Paolo, affolés.
Sa femme s’empressa d’ajouter, en guise de justification :
— Tu ne fais pas attention à moi, alors j’ai cédé. C’est la première fois, je t’assure…
— Je te crois, répondit-il machinalement en regardant Paolo d’un air absent.
Paolo était muet, il n’osait pas soutenir le regard de Robert, qui demanda, hébété :
— Pourquoi ? Et pourquoi… avec ma femme ?
— Ma qué, Roberto, yé ne savé pas qué c’était ta femme !
Les larmes coulèrent le long des joues de Robert, qui sortit en trombe de la chambre et dévala les escaliers. Paolo bondit du lit, enfila un slip à la va-vite et tenta de le rattraper, sous les yeux d’une Colette ahurie.
— Roberto, mi amor, attend ! Yé té démande pardon ! Elle né signifie rien por moa ! Reviens !

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