Masturbation

Une fois par an, parfois deux, se déroule en France un événement dont on parle des mois à l’avance et qui crée, chez celui qui le croit encore important, un émoi inimaginable. Les plus assidus s’y impliquent à fond et organisent des réunions d’autocongratulations pour pallier une attente qui leur semble interminable ; réunions durant lesquelles ils planifient des meetings en vue d’informer les plus incrédules de ce qu’ils feront si par bonheur leur organe ne se ratatine pas mollement une fois la votation achevée*. Ils tentent de les convaincre de l’intérêt de les rejoindre dans leur gang-bang géant. Ils planifient aussi des excursions fraternelles et toujours nocturnes pour s’adonner à une activité de groupe qu’ils considèrent essentielle pour tisser entre eux des liens qu’ils pensent indéfectibles : le collage d’affiche.

Une grande partie de la population les regarde avec sérieux et se comporte, devant le programme de son chouchou, comme d’autres — moins idéalistes — le font devant Youporn. Ils fantasment que la tête d’affiche, devenue leur petite star porno personnelle, leur permette de faire ce qu’ils n’oseront jamais faire tout seuls. Cette période qui précède le grand jour est celle où leur starlette, comme une bonne petite soubrette de film X, ne dit jamais non. Elle prend, elle encaisse, elle promet… elle avale, même. Durant les semaines qui précèdent l’orgasme final, leurs rêves les plus fous deviennent possibles. Le quidam peut imaginer voir son voisin pillé, lui faire subir une fouille anale dans le TER et, pourquoi pas, le faire enfermer pour avoir l’occasion de coucher avec sa femme. Les plus masos ont compris que ce que les têtes d’affiche promettaient, c’est d’abord eux qui en pâtiront, mais ils ne disent rien : c’est si bon de souffrir. Eux attendent « l’après » avec envie.

Et puis vient le jour tant attendu. La loi a voulu qu’il reste secret, ce moment ; après tout, la branlette est un geste intime, il est logique qu’il en aille de même pour cette masturbation sociale qu’est le vote. Les participants font leur petite affaire derrière des rideaux qui ressemblent à s’y méprendre à des cabinets de toilette, d’où l’on ne peut rien distinguer de leur petit manège si ce n’est le bas de leurs jambes qui trahit, parfois, leur excitation. Mais, époque moderne oblige, alors qu’avant ils ne produisaient rien de cette action, ils vont maintenant la dégorger sur les réseaux sociaux. De l’éjaculateur précoce qui fait sont rapport à peine une minute après l’ouverture du bureau de vote au contestataire qui tapisse consciencieusement la petite cabine avec les petits têtards de pensée de chacun des candidats et diffuse la photo pour la postérité, ils montrent tous, impudiques, leur petite production.

* (ou s’il reste juste assez renflé pour se maintenir ou fusionner avec un autre organe pas trop flaccide)

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