Préparatifs de Noël

Fanny était restée dans cette pièce toute la journée, s’habituant peu à peu à la chaleur étouffante produite par les divers appareils électroménagers qu’elle avait utilisés pour la préparation du repas du réveillon. Seul son décolleté, légèrement déboutonné, trahissait la fournaise qu’était devenue la cuisine. Du reste, ce n’était pas une journée très différente des autres pour elle ; la cuisine était, aujourd’hui, comme hier et demain, un refuge autant qu’un lieu de travail, elle y passait le plus clair de son temps et tenait, depuis plus de dix ans, celle de Madame d’une main de fer, si bien que cette dernière, malgré un caractère particulièrement inquisiteur, avait tout simplement arrêté d’y mettre les pieds. C’est Fanny qui décidait des menus, et qui gérait tout, de l’entrée au dessert.

Au centre de la pièce, la table était recouverte de victuailles toutes plus coûteuses les unes que les autres, et c’était précisément pour ceci que Fanny adorait son travail chez les Guillaut : elle avait à sa disposition, toute l’année, les produits les plus nobles. La dinde livrée le matin même par le garçon volailler du village voisin trônait au milieu des restes d’ingrédients nécessaires à la confection de la farce maison. Elle avait tout d’abord trempé deux cent vingt-cinq grammes de mie de pain dans quinze centilitres de lait, puis fait fondre quatre échalotes hachées dans une grosse noix de beurre, avant d’y ajouter la chair à saucisse. Elle avait ensuite ajouté à cette préparation trois cents grammes de marrons, du thym, du persil, une bonne lampée de cognac, du sel et du poivre. A présent, elle attendait que la farce refroidisse pour l’introduire dans l’orifice béant de la dinde préalablement ficelée.

C’est à ce moment fort à propos que Monsieur fit irruption dans la cuisine. Il avait l’habitude de venir inspecter — et surtout, goûter — les préparations de Fanny, qui faisait son maximum pour le satisfaire. Du reste, cela ne lui demandait pas beaucoup d’effort : Monsieur n’était pas difficile et engouffrait tout ce qui lui passait sous le nez avec le même appétit, quelle qu’en soit la qualité. Cette fois, cependant, son premier mouvement ne fut pas celui-là. Il ôta son pull, le posa négligemment sur une chaise en osier et desserra le premier bouton de sa chemise en flanelle.

— Quelle chaleur !, fit-il observer tout en furetant dans la cuisine, inspectant les plats déjà prêts, et reniflant les effluves émanant des fourneaux.

Sa production de salive augmenta sensiblement ; il s’assit sur la chaise et avala bruyamment en regardant les bras massifs de Fanny s’activer sur la dinde, engouffrant totalement le poing plein de farce aux marrons dans la carcasse impuissante. Dans un élan de compassion, Monsieur fut soulagé de la savoir morte ; la main calleuse de Fanny la fourrait avec tellement d’entrain que le corps entier des deux protagonistes de la scène à laquelle il assistait tremblaient de concert. Les replis du ventre de Fanny semblaient défier la gravité, rebondissant gracieusement tandis que ses fesses, comme animées chacune d’une pulsion indépendantiste, vibraient à tour de rôle.

Le spectacle était électrisant ; un torrent de sang brûlant vint s’engouffrer dans le sexe de Monsieur Guillaut, lui arrachant un grognement de douleur qui l’incita à se lever précipitamment. Il se plaça derrière Fanny, la saisit par les hanches et se mit à caresser vigoureusement le tissu de son atroce robe à fleurs rose et verte puis, constatant qu’elle ne le repoussait pas, à lui palper la croupe avec avidité. Les frottements répétés firent légèrement remonter la robe sur les hanches de la cuisinière qui, soucieuse d’enfourner la dinde à temps, continuait son travail de remplissage, imperturbable. Derrière elle, Monsieur était nettement en rut ; il releva tout à fait le bas de la robe, faisant apparaitre la chair molle et tremblante des fesses, dont il écarta les lobes le temps d’y loger son sexe dressé, qu’il avait précipitamment libéré de son pantalon. La sensation de la chair moite autour de son membre était indescriptible*, son poireau disparaissait complètement entre les deux énormes collines formées par la peau grumeleuse et parsemée de cratères des fessiers de Fanny.

— Ah, mais que fait donc Monsieur ?, s’exclama Fanny sans pour autant s’arrêter de farcir la dinde, participant ainsi involontairement à une scène de mise en abîme des plus loufoques.

— Pardonnez-moi, répondit-il vivement. Je ne me reconnais plus… il fallait absolument que… c’est plus fort que moi… C’est que… je…

Gêné comme s’il venait d’émerger d’une crise de somnambulisme, il tentait de se dégager, mais sans succès. Même chez les moins sportives, les muscles fessiers restent les plus puissants du corps humain ; Fanny, sans doute prise de surprise, avait contracté les siens au-delà de toute mesure. Il était coincé.

— Vous me faites de l’effet, finit-il par avouer, presque honteux, pour expliquer sa conduite.

— Oh, monsieur est flatteur !, pouffa-t-elle avant de se détendre, et de poursuivre : Monsieur a bon goût, pour sûr ! Et Monsieur n’est pas mal non plus, ça oui !

Encouragé par cet accord implicite et profitant du relâchement musculaire de Fanny, il s’extirpa du popotin de l’employée de cuisine pour se positionner quelques centimètres plus bas et pousser doucement, écartant de son sexe tendu ses chairs molles et humides en répétant, comme un mantra, la formule qui lui avait ouvert la voie à ce plaisir éphémère :

— Ah, vous me faites de l’effet !

Il tâtonna à l’avant de son buste et se saisit à pleines mains de ses seins lourds et laiteux ; les boutons du décolleté de l’horrible robe fleurie sautèrent, libérant de larges mamelles sur lesquelles couraient des veines bleutées, saillantes, et tortueuses. La cuisinière ne semblait pas s’émouvoir de la situation et terminait tranquillement de coudre le cloaque de la dinde de Noël.

— Si Monsieur veut bien se dépêcher, Monsieur sera gentil. C’est que je dois enfourner la bête, moi…

— Comme je comprends ce sentiment, ma petite Fanny, articula Monsieur Guillaut en saccades entrecoupées d’essoufflements.

Il avait l’impression que son sexe — pourtant de bonne taille — était tout petit, comme noyé dans l’immensité de cette femme ; et pourtant il n’avait jamais été aussi excité. Etait-ce son fantasme de posséder une femme d’une classe sociale différente de la sienne, la pensée que sa femme lisait sereinement à peine quelques pièces plus loin, l’odeur de la farce aux marrons qui venait stimuler sa production salivaire, ou tout cela à la fois ? Peu lui importaient, à ce moment-là, les raisons ; seule comptait la résolution de son plaisir. Il agrippa les mamelles de Fanny pour les pétrir de plus belle et s’abandonna en elle, laissant le flot de semence se perdre dans les replis graisseux de son vagin.

— Pardonnez-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris, marmonna-t-il en se rhabillant.

— Oh, y’a pas d’mal, fit-elle sans réfléchir, ébranlant sans le vouloir la confiance de Monsieur Guillaut en ses aptitudes sexuelles. Prenez donc un morceau de la petite buchette que j’ai cuisinée ce matin.

Elle se saisit d’un couteau bien tranchant et en coupa une grosse part qu’elle disposa sur une assiette à son attention, puis enfourna la dinde dans le four chaud pendant que, lui, regardait le gâteau entamé avec un air apeuré.

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*(oui, elle est facile… mais l’auteur souhaite s’épargner cet effort d’imagination.)

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