Le sexe faible

Vendredi, 20 h. Dans le grand immeuble de bureaux, seule une fenêtre du troisième étage était restée éclairée. David, un trentenaire surmené, y entamait sa énième heure supplémentaire de la semaine, penché sur le dossier important du moment. « Il me le faut demain sans faute », l’avait averti sa supérieure avant de s’éclipser sans un mot de plus. David l’avait regardée franchir le seuil de la porte avec un sentiment de haine mêlé d’admiration. Cette femme était la froideur incarnée. Il la côtoyait depuis trois ans maintenant, et ne l’avait jamais vue trahir un sentiment, quel qu’il soit. Elle n’était jamais joyeuse, jamais triste, elle ne riait jamais, ne criait jamais. Tout chez elle était froid. Pourtant, son corps racontait toute autre chose. Ses seins gonflés et rebondis craquaient presque sous sa veste de tailleur, comme s’ils avaient voulu prendre leur indépendance et se détacher de l’image austère qu’elle s’acharnait à se donner. Ses hanches larges, qui tranchaient avec sa taille fine, criaient leur envie d’amour et de maternité. Ses yeux, enfin, trahissaient un feu intérieur inextinguible.

Le dossier était bouclé. David s’écroula contre le dossier de sa chaise et ferma les yeux en repensant à sa supérieure. Une chose l’intriguait, il se demandait comment une femme aussi froide pouvait voir un corps aussi voluptueux. Ses fesses, en particulier, l’avaient marqué. Fermes, rondes, musclées mais pas trop, elles étaient parfaites ; il avait souvent eu la tentation de les frôler du revers de la main quand les circonstances le lui avaient permis, sans jamais oser le faire, trop inquiet qu’elle le renvoie. Perdre son travail, c’était perdre le spectacle presque quotidien de sa plastique parfaite ; or, pour ce spectacle, il était prêt à tout endurer ; les innombrables heures de travail, le stress des dossiers importants, les petits reproches qu’elle lui faisait toujours avec une voix aussi calme que cassante. Il haïssait tout cela, mais ne l’aurait abandonné pour rien au monde, et pour cette raison, il se haïssait encore plus qu’il l’abhorrait, elle.

David aurait aimé pouvoir se lever de son petit bureau, la saisir par les épaules et la plaquer contre le mur. Il aurait voulu aider ses seins dans leur entreprise d’évasion, les pétrir vigoureusement, plonger la tête dans sa poitrine et humer à pleins poumons cet endroit où, se doutait-il, elle appliquait chaque matin son parfum entêtant, à la fois fruité et sucré. Pourtant, il en était incapable, il le savait bien. Il était toujours sur le fauteuil, aveuli ; et derrière ses yeux clos se jouait la scène de ses fantasmes.

La veste de tailleur était tombée à ses pieds, à présent, et le chemisier de soie blanche bâillait largement. Un sein dans chaque main, David remontait la trace olfactive du parfum sucré de son fantasme, de ses seins à sa clavicule droite et jusqu’à son cou, juste sous l’oreille, dont il chatouilla le lobe du bout de la langue. Dans l’imagination de David, c’est lui qui avait le dessus, enfin ; elle avait les cheveux défaits et se laissait faire, en totale contradiction avec ce qu’elle était en réalité. Un sourire se dessina sur le visage de David quand il s’imagina lui soulevant la jupe et massant son fessier rebondi. Elle ne portait pas de culotte. Il le savait… ou plutôt, il l’avait tant espéré. La tenant fermement par les hanches, il la précipita contre son bureau, faisant valser au sol les dossiers importants sans même qu’elle ne s’en rende compte, hypnotisée par son charisme imaginé.

Son corps las, endormi, se laissait bercer par ce rêve agréable dont seule sa verge, qui s’animait mollement sous son pantalon, trahissait le scénario. Après quelques instants, ses hanches furent saisies de spasmes involontaires, et ce qui n’était pas encore endormi sombra avec le reste de David dans une béatitude tiède et visqueuse.

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