A la manière de…

Si le député Baupin Beauchêne s’en était pris à un personnage de Lansdale, ça aurait pu donner ceci.

Je n’avais rien demandé, au départ, mais après quelques mois de harcèlement, j’avais fini par céder du terrain. Ce n’était pas que les nombreux SMS du député Beauchêne étaient d’un érotisme fou. Non. Aucun d’entre eux ne m’avait jamais inspiré de sentiments plus magnanimes que le dégoût, la gêne, et même, par moment, la perplexité. C’était notamment le cas de celui où il disait vouloir me sodomiser en cuissardes. Bien sûr, il bandait sûrement comme un âne en écrivant celui-là (et tous les autres), et la mauvaise irrigation de son cerveau au bénéfice de celle de sa queue expliquait indubitablement la pauvreté de la tournure de phrase. Mais en lisant ce SMS-là, j’avais pouffé.

On était au mois d’avril, Beauchêne venait justement de faire parler de lui. Il criait à qui voulait l’entendre qu’il luttait contre le harcèlement des femmes, entre deux SMS graveleux envoyés à sa secrétaire et à moi. Je savais que d’autres avaient aussi l’honneur de sa prose, mais je n’avais pas leurs noms. Et je m’en fichais, je ne comptais pas monter de class action. Jusque là, j’avais laissé couler. Ce gus m’inspirait plus de pitié que de peur. Le pauvre, j’me disais, avec le thon qui lui servait de femme et ses piètres connaissances en drague, il ne doit pas tremper Popaul tous les jours. Faut bien qu’il gère la surchauffe, qu’il évacue le trop-plein. Et vaut mieux un SMS à chier qu’une proposition de loi sur la taxation des protège-piscines.

Ce jour-là, je ne sais plus pourquoi ni comment, je l’ai vu dans la presse, en photo, en compagnie d’autres frustrés. Il posait avec un rouge aussi vulgaire que la sexagénaire qui tapine rue Mouffetard en résilles et mini-jupe. Là, j’ai vu aussi rouge que ses lèvres sur cette photo. Le député Beauchêne ne chiait pas la honte, et il paraissait assez évident qu’il était prêt à tout. Merde, il avait encore moins d’honneur et de retenue que Résilles Et Mini Jupe ! Sous la photo, la punchline indiquait : « Ils posent en rouge contre les violences faites aux femmes. »

A peine avais-je refermé le journal qu’il m’envoyait un nouveau message. Pour la première fois, je lui répondais, et quelques SMS plus tard, il ramenait sa queue frétillante à l’endroit que je lui avais indiqué, un petit studio de banlieue en rez-de-jardin, sans prétention. Je ne l’avais pas choisi par hasard, il avait l’avantage d’être complètement vide. Pas un meuble, pas un rideau ne venaient perturber la course de chaque bruit tapant contre les murs nus avec plus d’entrain qu’une balle de tennis chauffée à blanc par Federer en personne. Le seul endroit où Beauchêne aurait pu assouvir son fantasme de sodomie, c’était contre le plan de travail de la mini-cuisine, mais je n’avais pas prévu de lui laisser ce plaisir. J’avais autre chose en vue.

Quand je lui ouvris, un courant d’air balaya la pièce et s’en fut comme un voleur par la porte-fenêtre de derrière, que j’avais entrouverte en l’attendant. Beauchêne avait un sac de sport qu’il posa sur le carrelage et se hâta d’ouvrir. Il m’a obéi, un bon point pour lui, pensais-je en observant la paire de cuissardes noires, vernies, et neuves qu’il tenait fièrement. Je n’avais apporté qu’un martinet, que je fis claquer contre ma cuisse droite :
— Mets-les ! ordonnais-je d’une voix forte.
— Mais, c’est à toi de les…
— Hopopop ! le coupais-je en faisant une nouvelle fois claquer mon fouet, cette fois contre le plan de travail de la cuisine. T’avais dit que tu me prendrais en cuissardes, alors tu mets les cuissardes… ou je m’en vais.

Il faisait une drôle de tête, comme un méchant de comics démasqué pendant qu’il fait la grosse commission. Ca aurait sûrement cogité sec dans sa tête si tout son afflux sanguin n’avait pas déjà été concentré plus bas. Il se contenta de rester là, sans bouger, la bouche ouverte. Pour le débloquer, je creusais les reins et me penchais ostenstensiblement sur le plan de la cuisine en regardant son entrejambe. Immédiatement, ses mocassins volèrent avant de retomber d’un bruit sec qui se réverbéra longtemps contre les murs avant de trouver une issue par la porte-fenêtre.
— Le pantalon, et le slip, aussi. Tu n’en auras pas besoin… en fait, enlèves tout, fis-je en me penchant un peu plus.
Il ne se fit pas prier, et la pitié me gagna, un peu. Ce gars-là ne devait pas rigoler tous les jours avec Bobonne, ça se voyait.

Si je n’avais pas agi sur un coup de tête, j’aurais prévu de quoi enregistrer ce qui suivit. Je ne sais pas comment j’ai pu garder mon sérieux en le regardant enfiler les cuissardes, on aurait dit le beau-frère trans de cendrillon essayant le soulier de vair. Il était ridicule. Les poils grisonnants de ses cuisses ne se mariaient pas bien du tout avec le vernis noir des cuissardes, mais cette faute de goût ne parvenait pas à faire oublier la taille de son minuscule engin. Il avait arqué ses jambes pour ne pas tomber malgré les 10 centimètres de talons, et se tenait au plan de travail avec un sourire libidineux, tandis que sa main s’approchait dangereusement de mes fesses.

— Je t’ai vu dans le journal, défendre les femmes. Ca m’a émue, fis-je en le laissant apprécier la fermeté de mon fessier.
Il gonfla le torse et son sourire s’agrandit. J’attrapais mon sac à main et en sortit un bâton de rouge que j’avais emprunté au Sephora du coin. La couleur extravagante ne méritait même pas qu’on débourse un euro mais c’était celui de démonstration, il était longue tenue. Combo parfait. Mon cul semblait lui plaire, parce que je n’eus besoin de rien dire, il attrapa le tube et s’en tartina approximativement la bouche sans même regarder la teinte. Visiblement, il pensait déjà au bon temps qu’il allait prendre. J’étais étonnée de son niveau de connerie, je me disais que c’était trop simple, que d’une façon ou d’une autre, ça allait foirer, mais je continuai sur ma lancée. Au pire, il me sodomiserait, et alors ? Vu la taille de sa saucisse, je ne sentirais rien.

Il fondit sur moi. Maladroitement, à cause des talons.
— Attends, lançais-je. J’ai une surprise pour toi. Ferme les yeux, tu ne seras pas déçu, dis-je en enlevant mes escarpins avec un mouvement de hanches suggestif.
Cet idiot obéit sans sourciller, probablement persuadé que je cachais un négligé de soie sous mon pull en cachemire. Je profitais d’être pieds nus, et donc silencieuse, pour ramasser ses affaires et les miennes, rouge à lèvres inclus, et je glissais doucement par la porte-fenêtre. Je ne sais pas combien de temps il est resté là, les yeux fermés et un sourire béat sur ses lèvres Lolli Poppy de chez Bourgeois, avant de se rendre compte qu’il était nu, en cuissardes, sans possibilité d’appeler un larbin à l’aide ou de se couvrir. En tout cas, je pense que le livreur de pizza a eu une petite surprise quand il a livré sa quatre fromages. Il a dû sonner il y a quelques minutes, twitter ne devrait plus tarder à bruisser.

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