Stop

Caroline regarda la voiture ralentir. Sans la perdre de vue et sans relâcher la tension dans son pouce, elle se pencha pour ramasser son sac à dos quand le véhicule arrivé à sa hauteur reprit de la vitesse et s’éloigna rapidement dans un grondement de moteur, la laissant seule sur le bas-côté de la route poussiéreuse. Même si elle n’en était pas à son premier refus de la journée, le coup fut rude pour elle, plus encore que les précédents : cette caisse-là avait laissé l’espoir grandir en elle l’espace de quelques centaines de mètres, suffisamment pour que la voir s’éloigner lui casse tout à fait le moral. Une larme de frustration coula sur sa joue, qu’elle essuya d’un revers de main avant de masser longuement son pouce endolori. Il faudrait s’y recoller, attendre encore, longtemps, et la perspective d’un nouveau refus, qu’elle jugeait maintenant, avec l’expérience de la journée, certain, la démoralisait. Son pouce, si léger il y a quelques heures encore, semblait peser une tonne, et elle se sentait incapable de le soulever. Intérieurement, la volonté et l’abattement menaient une lutte sans merci dont l’issue, rapide, fut sans surprise. Caroline se laissa tomber par terre. Quitte à essuyer des refus, autant être assise et se reposer, pensa-t-elle dans un dernier élan d’énergie.

La tête enfouie dans ses bras, qu’elle avait croisés sur ses genoux relevés, elle somnolait ; laissant, coincé entre ses jambes, le carton griffonné le matin même à la hâte indiquer sa destination aux éventuels véhicules. Après un moment, elle fut réveillée par un chuintement bref et intense et une odeur polluée.

— Châteauroux, c’est bien ça ?

Elle ne comprit pas tout de suite, surprise de se trouver face à une série de pneus, énormes et sales. L’homme, qu’elle ne voyait pas, répéta :

— Vous allez sur Châteauroux ?

Elle se leva d’un bond et saisit son sac à dos, heureuse de l’opportunité, mais inquiète de la voir s’envoler par manque de réactivité.

— Oui, cria-t-elle. Oui.

La portière était entrouverte, elle puisa dans ses dernières forces pour se hisser sur le siège passager du poids lourd, et il se pencha sur elle pour atteindre et fermer la portière.

— C’est une chance que je passais par là, cette route est quasi déserte à cette époque de l’année, lui lança-t-il en guise d’accueil.

Il était entre deux âges, légèrement enrobé, quelconque. Elle ne s’attarda pas sur lui, préférant admirer la vue sur la route tandis qu’il redémarrait doucement, puis de plus en plus vite, jusqu’à atteindre sa vitesse de croisière.

— Merci de vous être arrêté, murmura-t-elle, j’avoue que j’avais perdu espoir.
— Bah, j’aime prendre des gens en stop, ça me fait un peu de compagnie, ça casse la monotonie du trajet. Et puis, je passe à Châteauroux de toute façon, alors…

De là où elle était assise, Caroline avait l’impression grisante de dominer la route. Le siège en tissu, confortable, oscillait légèrement à chaque défaut de la route, et elle se sentait en confiance, bercée. Elle ne tarda pas à s’endormir, le sourire aux lèvres.

— Alors qu’est-ce qui vous amène à Châteauroux ? s’anima le chauffeur en gardant les yeux sur la route.

Elle n’était déjà plus là, toute entière absorbée par ses rêves. Il prononça quelques phrases supplémentaires avant de la découvrir endormie. Tout en surveillant la route, il donnait de petits coups d’œil rapides dans sa direction pour l’apprécier totalement. Elle avait la petite trentaine ; ses cheveux blonds, détachés, tombaient en cascades ondulées autour de son visage poupin et ses lèvres, humides et légèrement entrouvertes, semblaient nappées d’un gloss appétissant. Sa robe noire contrastait avec la clarté de son teint, et sa carrure légèrement potelée semblait trahir un caractère généreux. Il lui toucha l’épaule sans parvenir à la réveiller, et attarda la main pour apprécier le toucher soyeux de ses cheveux ; ils sentaient un délicat mélange de vanille et de terre.

Accompagné par les secousses de la route qui massaient le bassin de Caroline, son rêve se faisait plus agréable sans pour autant qu’il raconte une histoire ; c’était un de ces rêves étranges où il n’est question que de sensations. Elle les accompagnait inconsciemment, s’enfonçant peu à peu dans le fauteuil en ondulant imperceptiblement le bassin. A chaque mouvement, sa robe remontait légèrement sur ses cuisses, révélant au chauffeur la peau d’orange de ses cuisses charnues. Il fut ému par cette vision, et, mut par un irrépressible désir de mieux connaitre sa passagère, se mit à lui parler, bien qu’elle ne pût l’entendre :

— Je m’appelle Benoît. On fera une halte dans pas longtemps pour casser la croute, si tu veux bien. Je peux te tutoyer ? On doit avoir le même âge, à quelques années près…

Elle ne se réveillait pas. Au contraire, elle s’enfonçait de plus en plus dans son rêve, et il devenait évident pour Benoît qu’elle y éprouvait plaisir intense. Les ondulations de son basin se firent plus amples, elle écarta légèrement les cuisses. Benoît passa sa langue sur ses lèvres. La regarder lui donnait chaud, et ces cuisses ouvertes étaient pour lui une invitation muette qu’il savait devoir refuser, sans pour autant s’en sentir capable. Il avança la main vers elle, lentement, timidement, et la laissa flotter au-dessus d’elle, n’osant pas aller plus loin, mais ne voulant pas reculer non plus. Sous sa main, le bassin de Caroline dansait presque, à présent, et il crut percevoir de petits gémissements s’échapper de sa bouche pulpeuse.

Il commençait à avoir du mal à se concentrer ; sa tête faisait des va et vient constants entre la route et sa droite, en une sorte de Roland-Garros à l’enjeu plus important. Elle écarta encore les cuisses, et il aurait juré voir son bassin se soulever. La peau de Caroline, brûlante et douce, lui hurlait de la toucher ; il posa la main sur cette chair tremblante et ne bougea plus, attendant le pire. Mais elle restait endormie, et le pire ne vînt pas. Enhardi par ce premier geste de possession, il caressait maintenant sa cuisse, les yeux rivés sur la route comme s’il avait peur qu’en regardant sa passagère, elle se réveille et tout s’arrête. Le toucher de sa chair lui suffisait, et ne rien voir de ce qu’il faisait l’émoustillait. A tâtons, il remonta le long de sa cuisse, finissant de relever au passage le peu de robe qui la couvrait encore ; chaque centimètre qui le rapprochait de son entrejambe était plus chaud et plus humide que le précédent, et Caroline se gondolait sous lui, comme pour accélérer sa progression.

Sa vulve était humide, glissante. Elle frémissait. Il sut qu’elle était balayée par un puissant orgasme, et continua à la masser, parce qu’il aimait la sentir sous ses doigts et qu’il espérait que ce moment dure encore un peu. Caroline émergea de son état d’inconscience, le cerveau à moitié anesthésié par le plaisir qu’elle continuait à ressentir dans le bas-ventre. Les yeux encore fermés, elle ne se rappela pas tout de suite où elle était, se contentant d’apprécier la caresse entêtante de Benoît, comme une prolongation de son rêve. Le déclic se fit au moment où elle ouvrit les yeux. La vue de la cabine du camion la figea d’angoisse. Le conducteur était concentré sur la route, imperturbable, elle suivit la trajectoire le long de la courbe de son épaule, puis de son bras, qui s’activait doucement, et comprit enfin en voyant la main disparaitre sous sa robe, d’où venait la sensation agréable qu’elle éprouvait.

— Tu faisais un beau rêve, t’avais besoin d’aide.

Il avait senti son réveil, et, pris la main dans le sac, n’avait trouvé que cela pour se justifier. Incapable d’arrêter ce qu’il avait commencé, il avait laissé sa main contre la vulve de la jeune femme et titillait doucement son clitoris en regardant fixement la route. Caroline ne savait pas quelle attitude adopter. S’il l’avait regardée, elle se serait sans doute offusquée, l’aurait repoussé, honteuse de la vulnérabilité dans laquelle la plaçait la situation. Mais il ne voyait rien de son trouble, sa caresse était excitante, le souffle lui manquait, et elle ne voulait pas qu’il arrête. Le plaisir qu’elle ressentait l’empêchait de réfléchir, et chaque seconde qui s’écoulait la poussait vers un consentement tacite d’une situation qu’elle ne maîtrisait pas. Une seule chose la gênait, en définitive, c’était l’asymétrie de tout cela, et sa passivité.

La sensation de ses doigts s’enroulant le long de son membre électrisa Benoît, qui lâcha les pédales du camion, le laissant décélérer doucement sur la route déserte ; ils furent à l’arrêt au bout de quelques minutes, que Caroline avait mises à profit pour explorer toute la longueur de sa virilité. Elle avait la caresse lente, sensuelle ; il ferma les yeux pour mieux la ressentir ; en même temps, ses doigts s’activaient sur la fente de la passagère, qui semblait vouloir les engloutir tout entier. Avide d’être remplie, elle se dégagea, abandonnant les doigts trempés, et enjamba Benoît d’un bond, avalant son sexe d’un geste bref et précis. Il ouvrit les yeux pour découvrir son dos et une épaule, que la bretelle de la robe noire avait abandonnée. Caroline était accrochée au volant et regardait la route pendant que son bassin ondulait autour de lui. Il avança une main pour lui pétrir un sein pendant que de l’autre, il triturait la bretelle en coton ; les muscles de Caroline massaient le membre de Benoît comme pour le traire, ses lèvres humides frottaient contre le métal de sa braguette, augmentant encore son plaisir. Elle sentit qu’il gonflait encore en elle, annonçant son plaisir imminent, alors elle poussa fort ses hanches contre lui pour qu’il la remplisse et se répande au plus profond d’elle, en même temps qu’elle trahissait sa jouissance avec de petits gémissements saccadés.

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